Nous sortons ce matin vers 9 heures et ne revenons qu’à 3 heures et demie, nous avons visité le musée, l’université, les églises et les palais. Les Francia nous plaisent beaucoup ; nous sommes plus justes au musée à l’égard de Domenichino[1] et nous n’admirons pas du tout Carracci[2]. Une merveilleuse madone de Cima. Quand la peinture est trop mouvementée, l’imagination, le verbe apparaissent la condition de l’art, les limites sont franchies et l’on voudrait aussi entendre crier ces gens que l’on torture. Il en va de même dans la musique, l’art dramatique est scénique ; le grand génie, tel le Titien, va jusqu’à ces dernières limites, mais les êtres qu’il peint peuvent encore être muets. La Neuvième Symphonie montre le besoin que l’on a du verbe. —
On peut prendre le plus grand plaisir à contempler les œuvres des peintres plus anciens mais ce n’est plus le cas pour ceux qui suivirent les plus grands artistes, car les talents les plus incontestables (Domenichino, Carracci) sont contraints d’aller plus loin qu’eux. —
Nous partons à 2 heures du matin et nous sommes le lendemain à 10 heures du soir à Naples, nous descendons à l’hôtel Vittoria. Les enfants sont très gentils pendant ce long voyage épuisant et fait par une chaleur écrasante, Siegfried en particulier est infatigable, gai et sage.
[1] Domenico Zampieri, peintre et architecte du Vatican ; il travailla longtemps à Naples.
[2] Agostino Carracci (1557-1602), Annibale Carracci (1560-1609) et leur cousin de Bologne, Lodovico Carracci (1555-1619) fondèrent à Bologne l’Academia dei Desiderosi.
