R. a eu une mauvaise nuit; il a lu les deux articles d’un certain M. Löffler sur Le Crépuscule des dieux publié dans le journal de Fritzsch ; ils sont très bons. – –
R. m’a raconté récemment à table qu’il avait donné seulement 10 kreutzer à un pauvre homme à Vienne qu’il plaignait beaucoup, qu’il l’avait ensuite rencontré à nouveau un soir, qu’il lui avait alors fait un cadeau plus important et qu’il avait parlé avec lui ; c’était un pauvre graveur sur cuivre qui avait été blessé à un œil et qui depuis n’avait plus de quoi manger ! — Il ne se sent pas bien et la petite soirée que nous donnons comme tous les dimanches est pour lui un fardeau. —
J’envoie à Hans un rapport sur notre situation artistique et cela me fatigue jusqu’à l’épuisement. Le seul sentiment auquel mon cœur se raccroche comme à un refuge est que, même si je souhaite à ceux que j’aime plus de bonheur que je ne leur en donne, je ne souhaite pas pour moi-même que ma situation s’améliore ; plus profondes sont mes souffrances, plus forte est en moi cette étrange volupté de la souffrance. Je voudrais que, telles les vapeurs de la terre qui deviennent une pluie qui la féconde, les soupirs et les larmes qui m’échappent retombent sur mes enfants comme une rosée bénéfique, mais alors la souffrance deviendrait une sorte de mirage et il faut qu’elle soit la première des réalités! -.- Nous avons été contents l’autre jour de-découvrir dans le Littré que le mot joli vient de jul [1].
[1] La racine de joli est sans doute l’ancien scandinave jôl, nom d’une grande fête au milieu de l’hiver.
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