Mercredi 26 avril. (26 avril 1876)

Cosima Wagner Journaux

R. a reçu ce matin une lettre de Jauner en réponse à sa dépêche de dimanche. Il proteste, s’effraie de ce que dit R. des « dispositions hostiles de la direction de l’Opéra », mais il maintient ses conditions, c’est-à-dire donner une représentation de La Walkyrie en novembre avec son personnell. Mme Mallinger se décommande par télégramme ; nous n’avons toujours pas de Sieglinde. — Hier au soir, nous parlons avec R. du comportement des gens d’ici qui ne voient dans le Festival et dans les visites des étrangers qu’une possibilité de les exploiter ; il n’y a donc nulle part en Allemagne le sentiment de la communauté et celui de l’honneur qui en résulte. Il en va autrement chez les Français. — La bassesse, la folie de cette manière de penser provoquent un véritable dégoût et si cela devait continuer ainsi, dit R., il faudrait annoncer aux gens qu’il annule les représentations. R. va au théâtre avec M. Brück-wald qui a été enfin réveillé par une lettre très vive de M. Feustel ; tout y est toujours en retard, le plafond promis par MM. Brückwald n’est pas arrivé, la toile était mal peinte !!! — R. revient à la maison très irrité. Au diner, il me raconte entre autres choses que le Roi demande au Parlement une augmentation de sa liste civile en prétextant l’accroissement des dépenses dû à la nouvelle monnaie [1].

La Chambre ultramontaine va saisir l’occasion de démontrer les inconvénients du nouveau régime et certainement de dire ensuite au Roi des choses affreuses ; que fera-t-il alors ? Nous sommes très inquiets!… M. Hay télégraphie que Mlle Scheffsky arrivera lundi prochain ; avec beaucoup de retard donc.

— On dit que les Serbes veulent déclarer la guerre à la Turquie ; R. dit qu’il espère voir un jour le pape et le sultan hors d’Europe (à Jérusalem par exemple). — Tout cela passe devant mes yeux comme des formes de rêve sans réalité; une nouvelle en revanche m’a donné un coup de poignard au cœur: M. Rubinstein nous a raconté incidemment que Hans avait publiquement dénigré les Allemands en Amérique et qu’il avait ensuite joué La Marseillaise !.. Pour qui souffre comme moi, il n’y a pas de paix possible et le malheur ne le touche que comme le ferait une ombre !…


[1] La loi monétaire du Reich du 9 juillet 1873 fixa la valeur du mark au tiers de celle d’un thaler; de 1871 à 1907, date à laquelle le thaler cessa d’avoir cours, le Reich établissait la valeur du mark par la définition 1 reichsmark – 172 790 kilogramme d’or fin; en 1876, les Etats d’Allemagne du Sud adoptèrent cette monnaie.


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